mardi 18 août 2009

Les ailes qui battent en syncope

J’ai, comme tous, une conscience expansible. Elle peut, en l’espace de quelques secondes, passer de la considération astrale et éternelle au fantasme sexuel tordu et avilissant. Passer d’une contemplation profonde et sincère devant des branches d’érable ballotant dans le vent avec ses feuilles à un dédain profond devant des invitations répétées à un shower de bébé. Un jour, je pêche sur un lac en compagnie d’un ancien professeur de philo, ex-futur-prêtre, et le lendemain, je suis sur un bâteau-party sur la rivière avec des ex-collègues qui font de la coke, à babord, et qui se frottent ensemble à se faire mouiller, à tribord.

C’est comme ça, avec moi : le matin, j’ai envie de poursuivre noblement mes études en philosophie – m’inspirer de Nietzsche et Schopenhauer et Jung (sont hot les allemands), mais le soir, je m’insurge contre l’establishment, je vomis sur tous ces penseurs et je dis même que penser, c’est comme chier, faut que ça sorte, mais tout le monde s’en calisse jusqu’à temps que ça pue – moment où enfin ça se met à réagir. On finit par flusher et on oublie. Un petit peu de spray aux agrumes et un petit peu de « avez-vous vu le dernier film de Tarantino? », et ça passe.

Hier, j’avais quatre cent piastres de vêtements sur moi : une belle chemise repassée de chez Harry Rosen avec les pantalons que l’habilleur suggérait quand je les ai achetés. Aujourd’hui, un jeans un tantinet déchiré juste en dessous de mes couilles et un t-shirt de Hatebreed.

Une semaine, je mange bio, je fais de la course en revenant de travailler, je vais au dojo, j’écoute les premiers concertos de Prokofiev et je proclame les vertus de l’amour. Mais le vendredi soir, je partage trois bouteilles de vin, je fume un demi-paquet de cigarettes et deux joints, j’écoute du Amy Winehouse, du Nine Inch Nails, du Opeth en espérant que l’amie de l’autre me fasse un deepthroat et/ou de la lécher jusqu'aux os.

En bout de ligne, ça vient difficile de répondre à : « t’es quel genre d’homme, toi? » J’ai toujours envie de répondre : « le genre papillon qui a deux ailes qui battent en syncope».

4 commentaires:

  1. On tient à avoir une étiquette.

    Fais-la toi-même.

    Parce que la bouffe maison, c'est meilleur. Alors ça doit être la même chose pour les étiquettes.

    RépondreEffacer
  2. J'aime tes articles, super, je t'ajoute sur mon blog principal http://journaldunvieuxcrisse.blogspot.com/. En passant, moi aussi je suis étudiant en philo :)

    RépondreEffacer
  3. Sophia: Je suis d'accord, vaut mieux se définir soi-même et ne pas emprunter l'étiquette du voisin: c'est totalement bidon. Les meilleures confitures ne sont pas étiquettées, anyway.

    Vieux Crisse: Enchanté. Trinquons à euh... la faculté de penser? ;) A bientôt!

    RépondreEffacer
  4. En plein mon genre d'homme ! Le syndrome du mini-wheat dans toute sa splendeur !

    RépondreEffacer