mercredi 21 avril 2010

M. Gignac et la mort

Durant la dernière décennie, M. Gignac n’a jamais eu la décence de se présenter aux funérailles de qui que ce soit sous prétexte qu’il pouvait, à l’instar des médiums, voir les morts et que cela l’effrayait. Quand on lui reprochait ses absences, il se déchaînait et s’enflammait dans un violent courroux. « Le sourire d’un mort est une vision atroce, croyez-m’en! Chose certaine, disait-il, lorsque mon heure sera venue et que la Faucheuse viendra cueillir mon âme, je ne hanterai personne! Lorsque dans les obituaires on annoncera mon décès, je serai déjà entre les mains du Seigneur! » Alors, faute d’arguments devant l’irrationalité de ses propos, on se taisait et le laissait tranquille.

À sa décharge, chaque soir de Noël, mû par un courage à toute épreuve, prêt à affronter zombies, revenants et autres aberrations pour se donner bonne conscience, il allait poser des fleurs sur la tombe des trépassés. Puis, il s’agenouillait pieusement dans la neige et demandait pardon à Dieu d’être si froussard devant la mort et de succomber à cette peur dérisoire.